La folie des grandeurs

22 mai 2014

Société

Une vasque olympique ultramoderne et imposante, des infrastructures futuristes, des cérémonies grandioses, tout à Sochi avait été fait pour impressionner et nous avons assez de recul aujourd’hui pour en parler. La petite ville balnéaire a été complètement réaménagée pour devenir le noyau du rayonnement russe et le coût des Jeux s’est élevé à trente-sept milliards d’euros, soit le PIB de L’Uruguay !

Derrière cette somme astronomique et l’éclat factice  des médailles se cachait une réalité bien éloignée de la beauté sportive. L’organisation de ces jeux babyloniens a été la cause d’innombrables dégâts. En dehors des chemins officiels, neufs et brillants, c’est la misère des russes qui transparaît. Alors que certains ont vu leurs maisons rasées sans contrepartie, d’autres se retrouvent coupés du monde par les infrastructures. L’eau courante n’est plus disponible, polluée par les décharges créées à proximité des villages et sous bonne garde. Mais Sochi, c’était aussi une pression policière permanente, avec 40.000 soldats et policiers mobilisés alors qu’un navire militaire paré d’antimissiles surplombait le rivage. Rien ne change sur le plan politique: lois homophobes et refus du port du brassard noir par l’équipe ukrainienne. Au nom des Jeux Olympiques, le droit humain et environnemental est bafoué. Aujourd’hui Sochi est désert et les constructions pharaoniques tombent en ruines.

Pourtant, le monde reste impassible devant cette réalité, trop heureux de profiter de deux semaines de divertissement. Les journalistes se prélassent dans leurs hôtels, oubliant de faire leur travail d’investigation. Les Jeux Olympiques sont devenus un temple du capitalisme à ciel ouvert. Peu importe les conséquences, il s’agit de faire marcher la grande machine ultralibérale. Les athlètes deviennent des panneaux publicitaires, n’apparaissant jamais à la caméra sans leur sponsor.

Le Comité International Olympique (CIO) choisi depuis 1985 dix sponsors qui détiennent un véritable monopole puisqu’ils sont les seuls à communiquer sur les événements d’été et d’hiver. C’est évidement les plus grandes multinationales qui disposent de ce privilège: Coca-cola depuis 1928, Mac Donalds depuis 1976… Il en va de même pour les fournisseurs: Nike pour les uniformes olympiques, Audi pour le transport. Cette ploutocratie profite des investissements publics et est la seule véritable gagnante des Jeux. Pour les pays organisateurs, la joie temporaire d’une croissance artificielle laissent place à un endettement extrême. Les populations ne percoivent pas d’améliorations de leur quotidien. Pourtant les Puissants continuent à se faire plaisir, à l’image de M.Mittal portant la flamme olympique lors des JO de Londres.

Les pays européens hésitent à poser leurs candidatures tant les Jo sont un risque économique et cela concerne aujourd’hui toutes les compétitions mondiales. Le scandale des conditions de travail des ouvriers avait éclaboussé la Chine. Le Brésil connait actuellement les nombreuses révoltes d’un peuple qui ne conçoit pas de telles dépenses sportives alors même que le pays est en proie à une crise sociale sans précédent. Sans parler de l’investiture Qatari.

Autrefois symboles de cohésion et d’esprit sportif, il semble qu’il ne reste rien des Jeux Olympiques grecques. Et malgré la levée du drapeau hellénique tout les quatre ans pour se donner bonne conscience,  la citation Panem et circenses (des jeux et du pain) est d’actualité, tant le peuple se satisfait de divertissements sans se soucier des enjeux plus importants qui concernent sa vie individuelle et collective.

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À propos de Pierre Gautheron

Jeune étudiant en histoire, passionné de photographie et de cinéma. Je souhaite un journalisme novateur, trans-média, honnête.

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3 Réponses à “La folie des grandeurs”

  1. evelyne ricci Dit :

    Très bon article qui montre la rouages d’un fonctionnement fou.

    Répondre

  2. Anne-Marie Lacourière Dit :

    la formule : « temple du capitalisme à ciel ouvert » est très pertinente.
    Belle image, et oh combien juste.
    Panem et circenses… rien de nouveau sous le soleil, mais en effet à une tout autre échelle;

    Répondre

  3. Origami57 Dit :

    Et si, avant de nous préoccuper de la bonne gestion des Russes ou des Brésiliens, on commençait par régler NOS propres affaires ? Car en matière de projets pharaoniques et de dépenses somptuaires, pas besoin d’aller jusqu’à Sochi. Rien qu’en Ile de France, il y aurait de quoi dire… Quid de la Canopée des Halles, par exemple, cette « immense feuille translucide », selon Delanoé, qui va quand même coûter au contribuable parisien la bagatelle de un milliard d’euros ?
    http://www.observatoiredessubventions.com/2013/cout-de-la-canopee-des-halles/?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+ObservatoireDesSubventions+%28Observatoire+des+subventions%29

    Quid des 600 millions d’euros (six cent) de bas de laine que Tiberi avait laissé avec les clés ? Aujourd’hui, Paris est une ville endettée. Voilà de vrais exemples de gabegies scandaleuses, tout près de chez nous…

    Surtout que rien ne laisse croire que les choses vont s’arrêter en si bon en chemin…

    Répondre

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