A l’heure de la transition énergétique

10 novembre 2014

Politique

« C’est un moment historique pour notre pays ». Ségolène Royal, ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie occupait déjà ce même poste sous ltion e gouvernement de Bérégovoy. Forte de cette expérience, elle propose un texte de loi relatif à la transition énergétique et à la croissance verte. Zoom sur l’un des projet phare du quinquennat Hollande.

Objectif annoncé pour 2050: Une diminution de 50% de la consommation énergétique générale (30% pour les énergies fossiles. La réduction la plus importante est celle du nucléaire puisqu’il est question d’une baisse de 33% dans le mix énergétique.

Cette réduction générale s’appuie principalement sur l’isolation des habitations. La rénovation de 500.000 logements chaque année à partir de 2017. Les bâtiments publics seront construits sur la base de « l’exemplarité énergétique ». Un terme vague qui vise à placer l’Etat comme fer de lance du changement énergétique . Autre point crucial, celui de la précarité énergétique. Ce terme désigne l’accès irrégulier d’un ménage aux sources d’énergies et concerne 13% des ménages français. Un « chèque-énergie devrait permettre aux ménages concernés de lutter contre cette situation, considérée comme facteur de pauvreté.

Concernant les transports, le projet de loi prévoit la rénovation du parc automobile de l’Etat vers 50% de véhicules hybrides ou électriques. Dans la même optique, les sociétés de taxis et les loueurs se verront dans l’obligation de posséder 10% de véhicules moins polluants. Les particuliers bénéficieront d’une prime à l’achat d’un véhicule vert contre un véhicule diesel. On peut regretter la frilosité du gouvernement sur ce sujet car il est certain que la proposition de ces mesures-symboles  nécessaires ne suffira pas à transformer en profondeur l’état de l’automobile français.

Le traitement des déchets est aussi concerné. 55% des produits non dangereux devraient être recyclés en 2025. Autre mesure remarquable, celle de la pénalisation de obsolescence programmée (réduction intentionnel de la durée de vie d’un bien de consommation) qui pourrait aller jusqu’à deux ans d’emprisonnement et 300.000 euros d’amendes. Mais qu’en est-il des entreprises étrangères ? Une mesure nationale verra son efficacité considérablement réduite.

Le défaut majeur du projet concerne le nucléaire. Sa réduction de 33% dans le mix énergétique est une réforme très ambitieuse. Mécaniquement, elle doit entraîner l’arrêt de certaines centrales. Mais il n’en est jamais fait mention dans le texte de loi et l’on peut donc craindre la non-application de cette mesure. Le parc nucléaire quant à lui ne sera pas réduit, mais simplement plafonné. Fondamentalement, le texte n’opère aucun changement de fond dans la consommation énergétique actuelle. Les problèmes du nucléaire (traitement des déchets et dangerosité)  devraient nous pousser vers l’arrêt total du nucléaire. Il ne s’agit pas d’être utopiste et de souhaiter son arrêt immédiat. C’est un projet à fixer dans le long terme. Le projet de loi n’oeuvre pas dans ce sens, pourtant primordial. Néanmoins, on ne peut qu’apprécier la vision à long terme de ce projet de loi (jusqu’à 2050 !) qui confirme une réelle volonté de changement. Malgré ça, le projet possède de nombreuses lacunes.

Au-delà du simple texte de loi, de nombreuses questions se posent. Il semble que le financement ne soit pas à la hauteur du projet. Ségolène Royal a assuré que dix milliards d’euros seraient libérés, notamment par les incitations fiscales, les prêts et les crédits-d’impôts. Mais les experts financiers estiment que le projet pourrait coûter jusqu’à trente milliards d’euros. Le second recul à propos de l’écotaxe, initialement prévu dans le texte, exprime le refus catégorique de la Ministre de punir les plus grands pollueurs, ce qui assurerait pourtant des revenus considérables.

Bien que représentant une avancée certaine, beaucoup de mesures apparaissent surtout comme un symbole. S.Royal assure refuser « l’écologie punitive ». Pourtant, le paradoxe est là. Comment mettre un place un projet qui implique une réduction de la consommation alors que les agents économiques n’y sont pas prêts ? L’incitation, nous l’avons vu, est insuffisante. Le projet refuse la répression. Reste la prévention: expliquer le bien-fondé et l’importance de la transition énergétique. Là encore, rien n’est prévu. L’acceptation de ce nouveau fonctionnement devra nécessairement passer  par un changement des mentalités.

Les énergies renouvelables ne sont pas encore assez performantes pour concurrencer les énergies fossiles et nucléaires. Mais aucune aide au développement n’est prévu. D’autres pays n’ont pas attendu pour mettre un place des projets de recherche public/privé efficients. Rendre les énergies vertes efficaces est prioritaire pour concurrencer l’hégémonie nucléaire.

Un projet avec un tel poids écologique implique également une valeur morale. Sur ce point, le gouvernement semble atteint de schizophrénie. Comment défendre la transition énergétique et s’obstiner en même temps dans la construction d’un aéroport à Notre Dame des Landes, dont l’utilité reste à prouver ou dans la création du barrage de Sivens qui fait polémique et a même conduit à des violences policières mortelles ces derniers jours ? Tant que l’intérêt économique dépassera l’intégrité politique, aucun projet de transition énergétique digne de ce nom ne pourra voir le jour.

 Photographie: Pierre Gautheron

À propos de Pierre Gautheron

Jeune étudiant en histoire, passionné de photographie et de cinéma. Je souhaite un journalisme novateur, trans-média, honnête.

Voir tous les articles de Pierre Gautheron

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire

Lola |
Livepost |
L'immobilier à Bordeaux |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Leblogdegustav
| Kokolitolithe
| Fredericbenque