La révolution sociale espagnole

23 décembre 2014

Histoire

Lorsqu’on s’interroge sur les politiques actuelles, il peut être nécessaire  de chercher dans l’Histoire des exemples concrets qui apportent une vision différente du monde et de nos schémas de pensées. La révolution sociale espagnole, moment souvent oublié de la guerre d’Espagne, fut un événement majeur de l’histoire libertaire et porte à réfléchir sur les idées anarchistes, loin des clichés d’un désordre politique où règne un chaos total.

La scission de la première Internationale en 1872 entraîne la séparation du communisme et de l’anarchisme. Les idées de Bakounine triomphent en Espagne  et la tension entre patronat et ouvriers devient électrique. A Barcelone, les attentats et les assassinats sont monnaie courante. Partout, les anarchistes tentent de faire acquérir au peuple une conscience révolutionnaire capable d’engager une insurrection d’envergure. Les revues et les journaux libertaires se multiplient. Les sociétés ouvrières mettent en place des écoles gratuites. En 1910, la création de la CNT (Confédération nationale du Travail) réunit le prolétariat espagnol dans une organisation anarcho-syndicaliste. Prônant l’autogestion générale, elle tente de se substituer à l’Etat.

La première guerre mondiale va bousculer les rapports de force. La révolution russe et les revendications de la journée des 8 heures poussent les patrons à fermer les usines durant 9 semaines. En 1919, la CNT compte 700.000 adhérents. En 1923, Primo de Rivera prend le pouvoir et instaure une dictature. Il déclare la CNT illégale. Pour continuer à lutter clandestinement, le syndicat crée la FAI, une organisation très sélective qui sert à structurer la CNT.

Le 14 avril 1931, la deuxième République démocratique est proclamée et présidée par Niceto Alcalá-Zamora. A Barcelone une grande manifestation marque le renouveau du militantisme libertaire. Le succès des publications anarchistes permet de mettre en place un solide noyau de réunion populaire (le journal Terre et Liberté tire à plus de 20.000 exemplaires). On enseigne à la jeunesse les valeurs de laïcité et d’émancipation intellectuelle. Un travailleur sur deux est syndiqué. Mais la seconde République déçoit. Une tentative de coup d’Etat achève de tendre le climat politique.

En février 1936, un front populaire est élu au pouvoir. Le vote anarchiste aura été décisif. Les phalangistes, milice paramilitaire d’extrême-droite, attaquent les militants libertaires. C’est le début d’une lutte directe et violente. Alors qu’un putsch militaire se prépare, le gouvernement refuse d’armer le peuple qui souhaite se battre. La guerre civile éclate à Barcelone, place de la Catalogne. Après de violents affrontements, les insurgés abandonnent devant la masse populaire qui leur fait face.

Dans une Espagne déstabilisée, le gouvernement est incapable de réagir. Les citoyens organisent alors eux-même la vie en société. Le 19 juillet, après la fuite des capitalistes, les ouvriers reprennent tout en main. Des comités ouvriers sont crées, tous les chômeurs sont embauchés. A Barcelone, avant-garde de la révolution, le pouvoir appartient au comité des milices antifascistes. Mais l’armée n’est plus dirigée et les putschistes continuent d’approcher. Les miliciens anarchistes se dirigent vers le front. Partout où ils passent, ils forment le peuple à l’autogestion et aux idées libertaires: l’argent est aboli ou remplacé par des bons, la propriété privée n’existe plus, le travail est collectivisé. Un meilleur rendement est obtenu par la rationalisation de toutes les terres cultivables. En quelques mois, des hôpitaux, des fermes et des centres agricoles sont crées. 80% des entreprises sont alors collectivisées et auto-gérées.

Mais la réalité de la guerre oblige les anarchistes à collaborer avec le gouvernement. Le 4 novembre, un nouveau cabinet est instauré, quatre libertaires y participent. De vives tensions se créent, beaucoup de militants refusent de participer à un système bureaucratisé. Les ministres en profitent néanmoins pour faire valoir leurs idéaux: Garcia Oliver, ministre de la Justice, met en place la première loi pour l’égalité homme/femme en Europe. Frederica Montseny, ministre de la santé, fait légaliser l’avortement en Catalogne. Mais l’aide militaire apportée par L’Allemagne et l’Italie provoque la déroute des forces républicaines. Le gouvernement fuit à Valences. Les milices sont militarisées, au grand damne des anarchistes.

Mai 1937 sonne le glas de la révolution sociale. La réapparition des partis traditionnels, notamment communistes, créée une contre-révolution violente. Les libertaires sont assassinées par la police et les staliniens qui souhaitent détruire les cadres dirigeants. Les socialistes et les anarchistes quittent le gouvernement, laissant la place libre au parti communiste qui prend de l’ampleur et infiltre l’armée. Les communistes refusent alors qu’une révolution autre que celle de 1917 puisse exister. Les responsables des collectivités sont emprisonnés.

Le 14 janvier 1939, Barcelone tombe aux mains des franquistes. Les libertaires tentent de fuir l’Espagne. Beaucoup sont emprisonnés dans le camp d’Albatera ou sommairement exécutés. Toutes traces de réussite du fonctionnement libertaire sont méticuleusement détruites. Mais cet  événement demeure un exemple de vie collective sans gouvernement, ni hiérarchie.

Cette parenthèse de l’Histoire incite à appréhender différemment les idées d’autogestion, de concertation citoyenne, de démocratie directe. Elle offre une vision alternative d’un monde viable, loin des mécaniques économiques de libre-échange et de concurrence

Crédit photo: theanarchistlibrary.org

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À propos de Pierre Gautheron

Jeune étudiant en histoire, passionné de photographie et de cinéma. Je souhaite un journalisme novateur, trans-média, honnête.

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