Rencontre avec Eric Dillies, cadre lillois du FN

Article écrit pour le blog On En Parle

J’ai rendez-vous rue Solférino dans la permanence lilloise du Front National pour rencontrer Eric Dillies. Au premier étage d’un très bel immeuble à boiseries colorées, on m’invite à attendre dans le bureau du conseiller municipal. Des affiches politiques jonchent le sol. Le propriétaire du bureau entre peu après et, avant de fermer la porte, s’exclame, s’adressant à l’un des militants : « Ne me laisse pas seul avec un journaliste, j’ai peur ! »

#MDB: Bonjour, qui êtes-vous ?

Je m’appelle Eric Dillies, j’ai 48 ans. Je suis le secrétaire de la fédération Lille métropole au Front National depuis janvier 2008. J’ai commencé à militer en 1985 et j’ai adhéré quelques années après la campagne législative de 1986. C’est en regardant l’émission télévisée « l’heure de vérité » que j’ai eu envie de m’engager pour Jean-Marie Le Pen qui apparaissait comme un OVNI dans la politique française. Je trouvais que ses propos frappaient au coin du bon sens et qu’il avait une personnalité hors du commun.

#MDB : Depuis les européennes et les municipales, certains élus du Front National cumulent les mandats. Est-ce que le succès du Front National ne l’oblige pas à devenir comme les partis qu’il dénonce ?

On ne dénonce pas les partis politiques sur la forme. Je critique mes adversaires politiques sur le fond. C’est-à-dire leurs méthodes politiques et les finalités qui suivent. La loi aujourd’hui interdit de cumuler un mandant local et un mandat national. Moi, j’ai deux mandats locaux [conseiller municipal et conseiller régional, ndlr] et j’en abandonnerai un si j’obtiens un jour un mandat national. Mais je pense qu’il est difficile de s’abstraire de la réalité locale de la France pour bien exercer son mandat national.

#MDB : Aux dernières municipales, vous êtes arrivés au second tour en triangulaire où vous avez obtenu 18% des voix. Comment expliquez-vous ce succès dans une zone habituellement connue pour être un bastion ouvrier ?

Tout simplement car la réalité est plus forte que l’idéologie. La situation de la classe ouvrière s’est améliorée grâce au parti socialiste et au parti communiste depuis la fin du 19ème jusqu’aux Trente glorieuses. Mais tout cela s’est effondré en 1975. Le parti socialiste est aujourd’hui le parti de la finance internationale. C’est tellement évident que même les ouvriers s’en rendent compte. Tout homme de gauche qui se respecte ne peut voter pour ces gens.

#MDB: Je ne suis pas sûr qu’un homme de gauche adhère aux idées sociales du Front National.

Il ne reste plus à la gauche que la posture. Tout ce qui ne concerne pas concrètement la vie des gens, c’est-à-dire le travail, la sécurité, n’intéresse plus la gauche. Ils sont pour le tous ensemble, pour l’universalité –je ne vois pas d’ailleurs pourquoi on n’y met pas les martiens- car tout est important, sauf ce qui est à côté d’eux.

#MDB : Le Front national défend aujourd’hui des idées jusqu’alors exclusives à l’extrême gauche : un Etat fort, un antilibéralisme virulent. N’est-ce pas le temps d’assumer ce tournant et de changer de nom ?

Je ne pense pas qu’il soit fondamental de changer de nom alors même que le parti est dans une phase de progression. Marine Le Pen en a parlé car on lui a posé la question. Je comprends par contre que le Parti socialiste veuille changer de nom, pour se présenter avec une nouvelle virginité. Il n’y que les dogmatiques qui savent que le Front national a eu à sa naissance quelques membres d’Ordre nouveau. Le nom d’un parti porte une idée. Le Front national, c’est tout simplement la nation qui fait front. C’est une idée qui a rarement été aussi pertinente.

#MDB : Après les évènements de Charlie Hebdo, quelles conséquences tirent le FN ?

C’est un moment de cohésion nationale qui a eu lieu. L’UMPS a refusé notre présence à Paris mais aussi à Lille suite aux directives de François Lamy, un conseiller politique privé. Pour qui se prend ce monsieur pour dire qui est bon français et qui ne l’est pas ? Cette situation est le résultat de la politique de l’UMP et du PS qui ont participé à la destruction des pays comme la Libye ou la Syrie. Ces pays n’étaient pas à la pointe des droits de l’homme, mais il y existait une structure organisée. Il faut aujourd’hui se protéger. Mais nous n’avons pas les hommes pour le faire. L’armée a été la principale variable d’ajustement de la politique de diminution des dépenses. Aujourd’hui il n’y a plus rien. Il en va de même pour les effectifs policiers. La mairie a des compétences qu’elle ne veut pas utiliser, considérant que ce n’est pas de son ressort.

#MDB : Quel est l’objectif du FN pour les cantonales ?

Notre objectif est de présenter des candidats dans la totalité des cantons renouvelables, d’être présent au deuxième tour dans la totalité des cantons. Je pense que c’est quelque chose d’envisageable. J’espère que nous aurons des cantons qui tomberont en faveur du Front National. Mais il y a tellement de paramètres qu’il est compliqué d’avoir une idée précise de ce qui va se passer. Il me semble néanmoins possible d’avoir un groupe au conseil général. C’est aux Français de décider. Pour notre parti, le principal est de présenter nos idées et de les faire progresser.

#MDB : Quelles sont les mesures proposées ?

J’ai fait la campagne municipale avec un programme clair et général pour toucher tous les aspects de la vie publique. Lille et la région s’appauvrissent d’années en années. Le chômage grimpe. Il faut changer l’organisation politique de cette ville pour transformer le volet économique. Il faut recréer ce dynamisme et cette richesse qui ont toujours existé depuis le Haut Moyen-âge jusqu’à l’arrivée des socialistes. La priorité concerne la sécurité, pour permettre l’investissement en faisant revenir les entreprises. Mêmes dans les zones avec moins de taxes, les entreprises ne viennent pas, car la sécurité n’est pas assurée. La municipalité a augmenté de 10% le taux de la taxe foncière. Par conséquent, les investisseurs vont de l’autre côté de la frontière. Pourtant, il existe un potentiel énorme.

#MDB: Lors du dernier Congrès, 50% des adhérents sont allés voter, soit 40.000 personnes. Marine Le Pen était la seule candidate pour la présidence. Le FN pâti-t-il d’un manque de débat interne ?

Le fait qu’il n’y ait pas de débat lors de la désignation de la présidente du mouvement peut ne pas donner envie d’y participer. Avec deux candidats, il y aurait forcément eu plus de débat. Mais personne d’autre ne s’est présenté. La fois d’après ce sera peut être différent. Le Front National n’est pas un parti de courant [mouvance interne à un parti, ndlr]. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de débat en interne. Nous ne sommes pas d’accord sur l’entière totalité des choses. On s’entend sur les choses essentielles. Le débat apparent chez l’UMP et le PS n’est qu’un simulacre. En vérité, il n’y a pas de débat chez eux.

#MDB : Le FN ne possède aujourd’hui aucun journal qui lui est acquis pour diffuser ses idées. Le FN essai-t-il de résoudre cette situation qui l’entrave dans le débat public ?

Pour posséder un organe officiel, il faut être riche, ce qui n’est pas notre cas. En plus de ça, on ne trouve pas de soutien. Ou ils se cachent. Le milieu journalistique est probablement celui qui est le plus opposé au Front National. Mais peu importe, notre parti se sert habilement des réseaux sociaux et des invitations dans les médias nationaux. Avec beaucoup moins de moyens que l’UMP et le PS, nous faisons jeu égal. Peut-être que le jour au le Front National s’approchera du pouvoir, des médias se décoinceront.

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À propos de Pierre Gautheron

Jeune étudiant en histoire, passionné de photographie et de cinéma. Je souhaite un journalisme novateur, trans-média, honnête.

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